Sommaire — 10 parties
- Le cas Ladoumègue : deux courts, quatre pistes
- Combien de pistes de padel sur un court de tennis ?
- Pourquoi une piste rapporte plus qu’un court
- Les conversions en France : quatre exemples
- Et les joueurs de tennis, dans tout ça ?
- Le risque : la leçon suédoise
- La France peut-elle connaître une bulle ?
- Avant de convertir un court : les questions à se poser
- En résumé
- Questions fréquentes
En 2024, au centre sportif Ladoumègue, dans le 19e arrondissement, la Ville de Paris a démonté deux courts de tennis « vieillots et dégradés » pour installer quatre pistes de padel. En 2026, Caen a fait la même chose au Tennis Club de Caen. Partout en France, des clubs de tennis sacrifient un court pour deux pistes, et Novak Djokovic s’en inquiète publiquement.
Pourquoi ce mouvement ? Parce qu’à surface égale, une piste de padel peut rapporter trois fois plus qu’un court de tennis. Mais le calcul a des limites, et la Suède a montré ce qui arrive quand on construit plus vite que la demande. Voici l’économie d’une conversion, cas réels et chiffres publics à l’appui, et ce qu’elle change pour les joueurs.
Le mètre carré est l’un des sept rounds de notre vidéo « Le padel va-t-il tuer le tennis ? », où le Coach SCUD arbitre le match entre les deux sports.
Le cas Ladoumègue : deux courts, quatre pistes
Le cas parisien a le mérite d’être entièrement public. Selon la Ville de Paris, les travaux ont coûté 221 000 € pour remplacer deux courts de tennis par quatre pistes de padel, réservables 20 € l’heure. Un court de tennis municipal extérieur, lui, se loue 12 € l’heure au plein tarif.

Le calcul est simple. Avant, la Ville pouvait encaisser au mieux 2 × 12 = 24 € par heure ; après, 4 × 20 = 80 € par heure. C’est 3,3 fois plus de recettes horaires possibles, avant de tenir compte du taux d’occupation. Le nombre de joueurs suit : 4 joueurs par heure sur deux courts en simple, 8 en double, contre 16 sur quatre pistes. Les travaux reviennent à environ 55 000 € par piste, démolition et aménagement compris.

Combien de pistes de padel sur un court de tennis ?
La question revient sans cesse, et la réponse courte est : deux. Djokovic avançait en 2024 qu’« avec un court de tennis, vous pouvez construire trois terrains de padel ». Le rapport des surfaces lui donne presque raison : une piste mesure 20 × 10 m, soit 200 m², tandis qu’un court de tennis occupe, avec les dégagements recommandés par la Fédération internationale de tennis, environ 36,57 × 18,29 m, soit près de 670 m². Trois fois et quart la surface d’une piste.
Mais une piste n’est pas une surface que l’on découpe à volonté : c’est un rectangle rigide de 20 mètres sur 10, entouré de vitres et de grillage, qui doit tenir avec ses poteaux, ses accès et son éclairage dans la forme du terrain existant. Dans toutes les conversions françaises documentées (Paris, Caen, Bagnols-sur-Cèze), on obtient deux pistes par court. Le « trois pour un » relève du ratio de surface, pas de la règle de chantier.

Pourquoi une piste rapporte plus qu’un court
Trois mécanismes jouent ensemble.
Plus de joueurs par mètre carré. Le padel se joue presque toujours à quatre, sur un terrain trois fois plus petit qu’un court avec ses dégagements. Sur une même emprise, on accueille donc beaucoup plus de joueurs par heure.
Un paiement à l’heure plutôt qu’à l’année. Le tennis de club repose sur une cotisation annuelle, environ 300 € dans les clubs cités par Monaco Tribune ; le padel se paie surtout à l’heure et par joueur. Guillaume Couillard, capitaine de l’équipe de Monaco de Coupe Davis, résume : le padel est « une véritable machine à cash », et les clubs 100 % tennis « souffrent beaucoup ». Cecilia D’Ambrosio, citée dans le même article, ajoute que « les pistes de padel sont souvent pleines et les courts de tennis vides ».
Un nouveau public. Le padel attire des adultes de 35 à 55 ans, souvent sans passé de raquette, qui viennent à quatre et réservent en ligne. Pour un club, c’est une clientèle qui ne prend la place de personne.
Une précision s’impose : aucune donnée publique ne mesure le taux d’occupation moyen des pistes de padel en France. Les 80 € de l’heure de Ladoumègue sont un maximum, pas un chiffre d’affaires : une piste vide aux heures creuses ne rapporte rien.
Les conversions en France : quatre exemples
| Lieu | Ce qui a été fait | Ce qu’on en sait |
|---|---|---|
| Paris, CS Ladoumègue | 2 courts de tennis remplacés par 4 pistes | 221 000 €, pistes à 20 € l’heure (Ville de Paris) |
| Caen, Tennis Club de Caen | 4 pistes à la place de 2 courts, en 2026 | Entièrement financées par la Ville (Ville de Caen) |
| Bagnols-sur-Cèze, TC Les Roquettes | Un court vieillissant « sacrifié » pour 2 pistes | « Adjoindre cette activité », pas « muter vers le padel » |
| Vichy, Sporting Tennis | Travaux en 2025, le club devient le Sporting Vichy Tennis & Padel | Tennis et padel désormais côte à côte (photos ci-dessous) |


À Bagnols-sur-Cèze, le président du club a pris soin de le dire : « l’objectif n’est pas de muter vers le padel mais d’adjoindre cette activité ». C’est le schéma le plus courant : on remplace le court le moins occupé, souvent le plus abîmé, et l’on garde le reste pour le tennis. La FFT, qui gère le padel depuis 2014, accompagne ce mouvement avec son programme Boost Padel, qui aide les clubs associatifs à financer des pistes couvertes.

Et les joueurs de tennis, dans tout ça ?
À l’échelle d’un club, une conversion peut faire des perdants : le joueur qui réservait le court supprimé perd un créneau, et l’heure de pointe devient plus disputée sur les courts restants. C’est cette crainte qu’exprimait Djokovic : « Si nous ne faisons rien contre le padel et le pickleball aux États-Unis, ils vont convertir tous les clubs. »
À l’échelle d’un pays, en revanche, le tennis ne recule pas. La France compte environ 33 000 courts de tennis pour environ 4 000 pistes de padel fin 2025, soit à peu près une piste pour huit courts. Et la FFT a battu son record historique de licenciés en 2026, avec 1 289 104 licences. Nous avons comparé les deux sports en détail dans le padel va-t-il tuer le tennis ?, et leurs différences de jeu dans padel ou tennis : lequel choisir.

Le risque : la leçon suédoise
Si la conversion d’un court peut être une bonne affaire, la construction effrénée de pistes peut tourner au désastre. La Suède l’a vécu. Entre 2019 et 2022, le pays passe d’environ 300 pistes à plus de 4 200, souvent dans d’anciens entrepôts reconvertis en halles. Puis la machine s’enraye : selon Creditsafe, cité par Bloomberg, près de 90 entreprises du padel font faillite en 2023. Fin 2024, plus de cent sites ont fermé, selon European Business Magazine ; certaines halles sont redevenues des entrepôts, d’autres des supermarchés.

Les causes avancées tiennent davantage à la finance qu’au sport : une expansion financée par la dette, une offre de mètres carrés bien supérieure à la demande, et la flambée de l’électricité de l’hiver 2022 dans le sud du pays, ruineuse pour des halles chauffées et éclairées. La demande, elle, n’a pas disparu : la FIP comptait plus de 600 000 joueurs suédois début 2024, et en 2024 Padel Zenter, la société de Zlatan Ibrahimović, a même ouvert une très grande halle à Sollentuna, à contre-courant.

L’Argentine avait connu le même scénario dans les années 1990 : des pistes « à chaque coin de rue », puis des clubs fermés, transformés en immeubles, en parkings ou en terrains de football à cinq. « La première vague, c’était surtout du business », résume un témoin cité par La Gaceta. Nous racontons cette époque dans notre histoire du padel.

La France peut-elle connaître une bulle ?
La France construit vite : selon le rapport Playtomic 2026, c’est le pays qui a ajouté le plus de pistes au monde en 2025, et la FFT parle de +118 % en trois ans. La comparaison avec la Suède s’impose donc. Deux différences tempèrent cependant le risque. D’abord, une grande partie de la croissance passe par des clubs existants, souvent associatifs, qui ajoutent quelques pistes sur un terrain qu’ils possèdent déjà ; c’est une diversification, pas une opération immobilière. Ensuite, la pratique est encadrée par une fédération qui en tire des licences et soutient les clubs.
Le risque n’est pas nul pour autant, surtout pour les grands centres privés construits à crédit, dont l’équilibre dépend d’un taux d’occupation que personne ne publie. Le jour où l’offre dépassera la demande dans une ville, ce sont eux qui seront exposés, pas les joueurs. Nous suivons l’évolution des chiffres dans le padel en France en chiffres.
Avant de convertir un court : les questions à se poser
Pour un dirigeant de club, la décision mérite plus qu’un calcul de recettes maximales. Quelques questions, tirées des cas ci-dessus :
- Quel est le taux d’occupation réel de chaque court ? On convertit le court qui dort, pas celui que les adhérents se disputent le samedi matin.
- La demande de padel existe-t-elle localement ? Combien de centres à proximité, à quel prix, avec quelles listes d’attente ?
- Couvert ou extérieur ? Une piste couverte se joue toute l’année, mais elle coûte plus cher à construire et à chauffer : la Suède a montré le poids de la facture d’énergie.
- Comment financer ? Fonds propres, aide de la collectivité comme à Caen, programme Boost Padel de la FFT : l’endettement est ce qui a fait tomber les centres suédois.
- Que garde-t-on pour le tennis ? Le modèle qui réussit est celui de Bagnols-sur-Cèze : ajouter le padel sans renoncer au tennis.
En résumé
- À Paris, deux courts de tennis loués 12 € l’heure ont laissé place à quatre pistes louées 20 € : jusqu’à 3,3 fois plus de recettes horaires possibles, pour 221 000 € de travaux.
- Le rapport des surfaces suggère trois pistes par court ; dans les conversions françaises documentées, on en obtient deux.
- Une piste rapporte plus parce qu’elle accueille plus de joueurs, se paie à l’heure et attire un nouveau public ; aucun taux d’occupation moyen n’est publié.
- La Suède est passée de 300 à plus de 4 200 pistes avant environ 90 faillites en 2023 : la bulle était immobilière et financière, pas sportive.
- En France, la croissance passe surtout par des clubs existants qui ajoutent le padel au tennis, avec le soutien de la FFT.
Questions fréquentes
Combien de pistes de padel peut-on mettre sur un court de tennis ?
Dans les conversions françaises documentées, deux pistes par court : Paris a remplacé deux courts par quatre pistes, tout comme Caen. Le rapport des surfaces (environ 670 m² pour un court avec ses dégagements, 200 m² pour une piste) suggère trois, mais une piste de 20 × 10 m doit tenir avec ses accès dans la forme du terrain.
Combien coûte la transformation d’un court de tennis en pistes de padel ?
Il n’existe pas de chiffre moyen fiable. Le seul cas entièrement public, celui du centre sportif Ladoumègue à Paris, a coûté 221 000 € pour quatre pistes à la place de deux courts, soit environ 55 000 € par piste, travaux compris.
Une piste de padel est-elle plus rentable qu’un court de tennis ?
À surface égale, elle peut rapporter davantage : à Paris, la recette horaire maximale passe de 24 € pour deux courts à 80 € pour quatre pistes. Mais aucune donnée publique ne mesure le taux d’occupation moyen des pistes, qui décide de la rentabilité réelle.
Pourquoi y a-t-il eu des faillites de padel en Suède ?
La Suède a construit plus de 4 200 pistes en trois ans, souvent à crédit, dans des halles chauffées et éclairées. Quand l’offre a dépassé la demande et que l’électricité a flambé à l’hiver 2022, près de 90 entreprises du secteur ont fait faillite en 2023. Les joueurs, eux, sont restés.
Les clubs de tennis vont-ils tous passer au padel ?
Rien ne l’indique. La France compte environ 33 000 courts de tennis pour 4 000 pistes de padel, et la FFT a battu son record de licenciés en 2026. La plupart des clubs ajoutent quelques pistes sur un court peu utilisé, sans renoncer au tennis.
Sources
- Vive le padel au CS Ladoumègue
- Tennis Henry de Montherlant : tarifs
- Quatre pistes de padel au Tennis Club de Caen
- Bagnols-sur-Cèze : deux pistes de padel créées au tennis club Les Roquettes
- Le padel, une discipline incontournable pour relancer les clubs de tennis
- Novak Djokovic a peur pour l'avenir du tennis
- 2025, une saison record pour le padel en France
- Arnaud Di Pasquale, directeur du padel à la FFT
- Padel is experiencing unstoppable growth: more than 58,000 courts worldwide and 19.4 million players
- Sweden holds warning for potential crash of the $4 billion padel craze
- How Sweden's padel mania ended in bankruptcies
- Tennis Stockholm : verksamhetsberättelse 2022
- Historia del pádel en Tucumán : de la gloria al desafío de crecer como deporte
- Zlatan opens mega facility in Sweden: I believe in the sport
- Court dimensions
















